Cromesquis de Pied de Porc
Matys Hoffman
Le cromesquis est l'une des préparations les plus gourmandes de la gastronomie française. Dérivé de la croquette, il se distingue par son cœur particulièrement fondant, qui devient presque liquide à la cuisson. Si on peut le décliner à l'infini, la version au pied de porc reste un sommet de gourmandise, très prisée dans les bouchons lyonnais et les bistrots parisiens. C'est une recette qui valorise les bas morceaux pour en faire un plat d'exception, sublimant le collagène naturel de la viande.
Cependant, le gras et la texture collante du pied de cochon nécessitent un vin avec une colonne vertébrale solide. Un vin blanc trop léger s'effacerait, tandis qu'un rouge trop tannique durcirait l'ensemble. La solution se trouve dans le Jura, avec le Frédéric Lornet Savagnin (AOC Arbois). Sa minéralité tranchante et ses arômes de noix typiques créent un accord mets et vins d'anthologie. Préparez votre friteuse, nous passons en cuisine !
Les secrets d'un cromesquis réussi : choix des pieds et préparation de la farce
La réussite de cette recette repose sur la préparation de la viande. Le pied de porc est un abat qui demande du travail ou un bon artisan. Pour réaliser ces bouchées, vous devez partir d'une matière première irréprochable, riche en goût et en texture.
Bien choisir ses pieds de cochon chez le boucher ou le charcutier
Rendez-vous chez votre boucher ou charcutier de confiance. Demandez des pieds de cochon déjà cuits et désossés si possible, car le désossage à cru est une opération périlleuse et la cuisson demande des heures de bouillon. Si vous partez de pieds crus, il faudra les faire cuire longtemps dans un court-bouillon aromatique (carottes, oignons, bouquet garni, clous de girofle) jusqu'à ce que la chair se détache des os. Pour cette recette, nous partons du principe que vous avez récupéré la chair cuite et gélatineuse, prête à être transformée.
Assaisonnement de la farce : échalotes, persil et moutarde à l'ancienne
La chair du pied de porc est douce, elle a besoin d'être relevée ("twister" la saveur) pour ne pas être écœurante. Commencez par concasser grossièrement la chair au couteau. Dans une poêle, faites revenir (suer) des échalotes ciselées dans une noix de beurre ou un filet d'huile sans coloration. Mélangez ces échalotes à la viande.
Ajoutez ensuite une généreuse quantité de persil plat haché, du sel et du poivre. C'est ici que vous pouvez personnaliser votre assaisonnement : une cuillère à soupe de moutarde à l'ancienne apportera du peps, tandis qu'une pincée de piment d'Espelette ou de raifort râpé donnera du caractère. Certains ajoutent même un peu de truffe hachée pour une version festive.
Moulage et refroidissement : l'étape clé pour des cubes parfaits
Une fois la farce assaisonnée, il faut la mouler. La gélatine naturelle du pied de cochon va servir de colle en refroidissant. Vous pouvez rouler la préparation en ballotines (boudins) bien serrées dans du film alimentaire pour obtenir des disques par la suite. Sinon, étalez la préparation dans un cadre ou un plat rectangulaire sur une épaisseur d'environ 1 à 2 cm.
Filmez au contact et placez au réfrigérateur (frigo) pendant plusieurs heures, voire toute la nuit. La préparation doit figer complètement et devenir dure. C'est cette étape qui vous permettra ensuite de tailler des cubes nets ou des palets qui ne se déformeront pas lors de la panure.
Panure et cuisson : la technique pour une friture dorée et croustillante
Le secret du cromesquis réside dans le contraste entre l'intérieur fondant et l'extérieur craquant. Pour cela, la technique de la panure à l'anglaise est incontournable, et nous allons même la doubler pour éviter les fuites à la cuisson.
La double panure à l'anglaise : farine, œuf et chapelure
Préparez trois assiettes creuses. Dans la première, versez de la farine. Dans la deuxième, battez des œufs entiers (façon omelette) avec un peu d'huile, sel et poivre. Dans la troisième, mettez de la chapelure fine (ou de la chapelure japonaise Panko pour plus de croustillant). Sortez vos cubes de pied de cochon du froid.
Passez chaque cube successivement dans la farine (tapotez pour enlever l'excédent), puis dans l'œuf battu, et enfin dans la chapelure. Pour garantir l'étanchéité et le croquant, répétez l'opération une seconde fois : replongez le cube pané dans l'œuf, puis à nouveau dans la chapelure. Cette double coque est la garantie d'une friture réussie sans éclatement.
Frire à l'huile chaude pour obtenir un cœur fondant
Faites chauffer l'huile de friture (huile de tournesol ou arachide) dans une friteuse ou une casserole à bords hauts, idéalement à 180°C. Plongez les cromesquis par petites quantités pour ne pas faire chuter la température de l'huile. Laissez frire jusqu'à obtenir une belle coloration dorée et uniforme (environ 3 à 4 minutes). La chaleur va pénétrer et liquéfier le cœur gélatineux. Débarrassez sur du papier absorbant pour retirer l'excédent de gras et salez immédiatement avec de la fleur de sel.
Quelle sauce servir : béarnaise, tartare ou ravigote ?
Le cromesquis de pied de porc appelle une sauce acidulée pour "casser" le côté gras et gélatineux. Une sauce béarnaise, avec ses notes d'estragon et d'échalote, est un grand classique. La sauce tartare (mayonnaise aux câpres, cornichons et herbes) ou une sauce gribiche apportent de la fraîcheur et du croquant. Pour plus de légèreté, une simple vinaigrette bien moutardée ou un chutney de fruits (mangue, figues) feront merveille. Servez bien chaud sur un lit de mesclun ou de salade verte.
L'accord idéal : Frédéric Lornet Savagnin (AOC Arbois)
Face à ce plat de "canaille", riche en collagène et en friture, il faut un vin blanc droit, tranchant et aromatique. Le Savagnin de Frédéric Lornet, issu du terroir d'Arbois, est le compagnon absolu. Son profil typé du Jura offre une réponse gustative fascinante au porc.
Pourquoi la minéralité du Savagnin sublime le gras du cochon ?
Le cépage Savagnin, vinifié dans le style jurassien, développe une acidité naturelle élevée et une minéralité puissante issue des sols calcaires. Cette tension agit comme un "rasoir" sur le palais, nettoyant le gras du cromesquis à chaque gorgée. De plus, les arômes de noix et d'épices (curry) du vin s'accordent superbement avec le goût rustique du pied de porc et le croustillant de la panure.
Dégustation et fiche d'identité de ce grand vin blanc du Jura
Voici les caractéristiques de cette cuvée pour parfaire votre expérience :
- Accords Mets & Vins : Idéal avec les cromesquis, il sublime aussi une volaille à la crème et aux morilles (le fameux poulet au vin jaune), une escalope de veau comtoise, des poissons de rivière en sauce, ou une quiche aux champignons. Côté fromages, c'est l'allié incontesté du Comté affiné (18-24 mois), du Morbier ou d'un Mont d'Or chaud.
- Cépages : 100% Savagnin.
- Potentiel de garde : Excellent potentiel de 5 à 10 ans.
- Service : Servir frais mais pas glacé, entre 12 et 14°C.
- Oeil : Une robe jaune or intense, lumineuse et brillante, aux reflets dorés.
- Nez : Complexe et typé, sur la noix fraîche, les fruits secs, les agrumes et des notes épicées de curry et de minéralité.
- Bouche : Attaque franche et vive. Belle tension acide, minéralité marquée. Finale longue, saline et persistante sur la noix.
- Degré d'alcool : Indiqué sur l'étiquette.
- Occasions : Repas gastronomiques, découverte des vins du Jura, apéritifs dinatoires avec fromages.
- Sulfites : Contient des sulfites.
- Temps de garde : Idéal entre 3 et 7 ans pour l'équilibre fruit/épices.
- Degré de service : 12-14°C.
- Indication de carafage : Une légère aération en carafe est bénéfique dans sa jeunesse.
- Profil du vin : Blanc sec, typé, minéral, puissant et complexe.
Frédéric Lornet : un vigneron passionné par le terroir calcaire
Frédéric Lornet est une figure emblématique de l'appellation Arbois. Il travaille ses vignes sur des coteaux marneux et calcaires avec un profond respect de l'environnement. Sa maîtrise du Savagnin est reconnue : il parvient à extraire la quintessence aromatique de ce cépage exigeant tout en conservant une fraîcheur remarquable. C'est l'expression pure et authentique du Jura.
Accompagnements et variantes pour un apéritif ou une entrée gourmande
Le cromesquis se déguste souvent seul à l'apéritif, mais il peut devenir une entrée ou un plat s'il est bien accompagné. C'est aussi une base technique déclinable à l'infini.
Salade verte, purée ou légumes : que servir avec vos cromesquis ?
Pour alléger la dégustation, une salade de jeunes pousses, de la roquette ou des endives avec une vinaigrette aux noix est parfaite. En plat principal, accompagnez-les d'une purée de pommes de terre maison, de lentilles vertes du Puy mijotées ou d'une poêlée de champignons (cèpes, girolles). Des légumes racines rôtis (carottes, céleri) ou une fondue de poireaux apportent aussi un bel équilibre. Pour un esprit bistrot total, servez-les avec des frites maison ou des pommes de terre sautées à l'ail et au persil.
Varier les plaisirs : déclinaisons au fromage, au jambon ou à la volaille
Si le pied de porc vous effraie, la technique du cromesquis s'adapte à tout. Vous pouvez réaliser des cromesquis de risotto (arancini) à la mozzarella et à la tomate, des cromesquis au fromage (camembert, chèvre, roquefort) panés aux noisettes, ou encore des versions au confit de canard effiloché. Pour un apéritif dînatoire varié, proposez un plateau mêlant cromesquis, tranches de saucisson, dés de comté et toasts de foie gras ou de saumon fumé. Vous pouvez même imaginer des versions marines avec de la brandade de morue (cabillaud) ou du crabe. C'est une préparation ludique qui permet de régaler tous les convives, des plus petits aux plus grands gourmets.