Matelote de poissons de rivière
Matys Hoffman
Si la France est célèbre pour ses recettes de la mer, ses rivières regorgent également de trésors gastronomiques. La matelote de poissons d'eau douce est un grand classique, héritage des bateliers et des guinguettes. Ce plat en sauce, riche et généreux, se distingue par sa cuisson lente qui permet aux saveurs de se mêler harmonieusement. Contrairement à une simple grillade ou à une pizza rapide, la matelote demande un peu de patience et d'amour. C'est le plat idéal pour un dimanche en famille ou pour épater vos convives avec une recette oubliée.
L'objectif est d'obtenir des morceaux de poisson tendres, nappés d'une sauce veloutée au vin blanc, accompagnés de champignons et d'oignons. C'est une préparation qui supporte bien d'être réchauffée, les saveurs n'en sont que meilleures le lendemain. Préparez votre cocotte et vos aromates, nous partons pour une croisière gourmande au fil de l'eau.
Bien choisir ses poissons et la garniture aromatique pour un goût authentique
La réussite de ce plat repose sur la diversité des poissons utilisés et la fraîcheur des accompagnements. Il faut créer une harmonie entre la chair délicate du poisson et la puissance de la sauce.
Truite, anguille ou carpe : quels poissons à chair ferme privilégier ?
Traditionnellement, la matelote se prépare avec un mélange de poissons de rivière à chair ferme pour qu'ils ne se délitent pas à la cuisson. L'anguille est la reine de la matelote pour son gras et sa texture, mais elle est parfois difficile à trouver. La truite, la carpe, le brochet ou la perche sont d'excellents choix. Vous pouvez demander à votre poissonnier de préparer les poissons : les vider, les écailler et retirer la tête. Si vous n'avez pas accès à des poissons de rivière, cette recette s'adapte très bien avec des poissons de mer fermes comme la lotte, le congre ou même des tronçons de saumon. L'essentiel est d'avoir des morceaux (tronçons) assez épais.
Champignons de Paris et oignons grelots : les secrets d'une garniture forestière
La garniture est ce qui donne son caractère "terrien" à ce plat aquatique. Les champignons de Paris frais sont incontournables. Choisissez-les fermes et bien blancs. Nettoyez-les soigneusement (coupez le pied terreux) mais évitez de les laisser tremper trop longtemps. Les petits oignons grelots (ou oignons sauciers) apportent une douceur sucrée indispensable. Il faudra les éplucher avec patience. Pour relever le tout, l'ail et l'échalote ciselée sont essentiels. Si c'est la saison, quelques girolles ou morilles peuvent transformer ce plat rustique en un véritable délice gastronomique.
Marinade au vin blanc et marc : l'importance du fond de sauce
Le liquide de cuisson va devenir la sauce : sa qualité est donc primordiale. Utilisez un bon vin blanc sec (type Bourgogne Aligoté ou Sauvignon), pas trop acide. La recette traditionnelle inclut souvent une touche de Vieux Marc ou de Cognac pour corser le goût et apporter de la profondeur. Un bouquet garni (thym, laurier, queues de persil) infusera dans ce liquide pour libérer ses arômes. Préparez également un bon fumet de poisson (maison avec les arêtes et têtes, ou déshydraté) pour renforcer le goût marin si nécessaire. C'est cette base aromatique qui fera toute la différence, bien loin d'un simple court-bouillon à l'eau froide.
La cuisson mijotée étape par étape pour une sauce onctueuse
La cuisson se déroule en plusieurs temps pour respecter la fragilité de chaque ingrédient. Comptez environ 40 minutes de préparation et 35 minutes de cuisson.
Ingrédients pour 6 personnes :
- 1,5 kg de poissons de rivière variés (truite, carpe, etc.)
- 200g de champignons de Paris, 24 oignons grelots
- 1 litre de vin blanc sec, 10 cl de Vieux Marc
- 100g de beurre, 50g de farine (pour le beurre manié)
- 1 oignon, 2 gousses d'ail, 1 bouquet garni, 2 citrons
Pocher les tronçons de poisson dans le court-bouillon aromatique
Commencez par couper les poissons en tronçons réguliers. Mettez-les dans un plat creux, arrosez-les de Marc, salez, poivrez et laissez mariner au réfrigérateur pendant 20 minutes. Pendant ce temps, préparez le fond de pochage : dans une grande casserole ou une cocotte, versez le vin blanc, ajoutez le bouquet garni, l'oignon et l'ail émincés. Portez à ébullition et laissez frémir 5 minutes. Ajoutez ensuite délicatement les morceaux de poisson et le jus de la marinade. Laissez pochez à feu très doux (sans gros bouillons pour ne pas casser la chair) pendant 10 à 12 minutes. Une fois cuits, retirez les poissons avec une écumoire et réservez-les au chaud dans un plat de service. Filtrez le jus de cuisson au chinois.
Glacer les petits oignons et faire sauter les champignons au beurre
Pendant la cuisson du poisson, occupez-vous de la garniture. Dans une sauteuse, mettez les oignons grelots avec une noisette de beurre, un peu d'eau (à mi-hauteur) et une pincée de sucre. Laissez cuire jusqu'à évaporation complète de l'eau pour qu'ils soient brillants et tendres (glacés). Dans une autre poêle, faites sauter les champignons de Paris coupés en quartiers avec un peu de beurre jusqu'à ce qu'ils soient dorés. Assaisonnez avec sel et poivre. Cette étape permet de concentrer les saveurs des légumes avant de les intégrer à la sauce. C'est bien plus savoureux que de tout faire bouillir ensemble.
Lier la sauce au beurre manié pour une texture veloutée et nappante
Préparez un beurre manié en mélangeant à la fourchette le beurre mou et la farine dans un bol jusqu'à obtenir une pâte homogène. Remettez le jus de cuisson filtré des poissons sur le feu et portez à ébullition. Incorporez le beurre manié petit à petit en remuant constamment au fouet. La sauce va épaissir et devenir onctueuse et nappante. Goûtez et rectifiez l'assaisonnement. Ajoutez les poissons, les champignons et les oignons dans cette sauce veloutée. Laissez mijoter le tout 2 minutes à feu très doux pour réchauffer l'ensemble sans recuire le poisson. Servez aussitôt, c'est un régal pour les yeux et les papilles.
Accords mets et vins, accompagnements et variantes régionales
Pour accompagner ce plat riche en sauce, il faut des accompagnements capables d'absorber le jus sans alourdir le repas.
Pommes de terre vapeur ou croûtons aillés : que servir avec ce plat ?
L'accompagnement roi de la matelote est la pomme de terre vapeur ou à l'anglaise. Sa chair farineuse s'imprègne délicieusement de la sauce au vin blanc. Vous pouvez aussi proposer du riz pilaf ou des pâtes fraîches (type tagliatelles). Une autre tradition consiste à servir des croûtons de pain frits au beurre et frottés à l'ail, qui apportent du croquant ("croustillant"). Pour une touche de fraîcheur, une fondue de poireaux ou des épinards juste tombés au beurre feront merveille. Évitez les légumes trop forts comme le chou ou le fenouil qui risqueraient de masquer la finesse du poisson.
Bouillabaisse, pochouse ou version au curry : revisiter le ragoût de poisson
La matelote a de nombreuses cousines. En Bourgogne, on l'appelle la "Pochouse" (avec du lard et des croûtons). Dans le sud, c'est la bouillabaisse avec ses poissons de roche. Si vous souhaitez varier les plaisirs :
- Version Exotique : Remplacez le vin blanc par du lait de coco, ajoutez une cuillère de pâte de curry et de la coriandre fraîche. Servez avec des crevettes ou des gambas.
- Version Rouge : Faites la matelote au vin rouge, comme un bœuf bourguignon de la mer, avec des lardons fumés. C'est surprenant et délicieux avec de l'anguille.
- Version Luxe : Ajoutez des noix de Saint-Jacques ou des queues de langoustines juste poêlées au moment de servir. C'est une alternative raffinée au foie gras ou au saumon fumé pour les fêtes.
L'accord vin rouge de Bourgogne : Mercurey François Raquillet Les Naugues
On associe souvent le poisson au vin blanc. Pourtant, sur un plat de rivière avec une sauce riche, des champignons et des oignons, un vin rouge léger et fruité peut créer un accord "terre et eau" magistral. Le choix idéal se porte sur un grand Pinot Noir de la Côte Chalonnaise : le Mercurey Premier Cru "Les Naugues" du Domaine François Raquillet.
Ce vin rouge offre une robe rubis intense et un nez complexe de fruits noirs (cassis, mûre) et d'épices douces. En bouche, ses tanins soyeux et fondus ne heurtent pas la chair du poisson, tandis que ses notes de sous-bois répondent parfaitement aux champignons de la matelote. Sa fraîcheur naturelle équilibre le gras de la sauce au beurre. Servez-le légèrement frais, entre 16 et 17°C. C'est un mariage audacieux mais profondément ancré dans le terroir bourguignon qui ravira vos convives.