Grenadins de veau aux morilles
Matys Hoffman
Dans la grande tradition de la cuisine bourgeoise française, peu de plats rivalisent avec la finesse des grenadins de veau aux morilles. C'est une recette qui évoque instantanément les nappes blanches, les repas de famille soignés et la gourmandise raffinée. Le grenadin est au veau ce que le tournedos est au bœuf : un petit pavé épais, souvent taillé dans le filet mignon ou la noix, entouré d'une barde de lard pour le nourrir à la cuisson et maintenu par une ficelle. Sa chair, d'une délicatesse absolue, fond littéralement en bouche.
Associer cette viande noble au champignon le plus parfumé du printemps, la morille, est une évidence gastronomique. La sauce, liée à la crème fraîche et relevée d'une pointe de vin jaune ou de madère, vient napper l'ensemble pour un résultat onctueux et puissant. Loin des repas sur le pouce comme une pizza ou un sandwich, ce plat demande un peu d'attention mais reste techniquement très accessible. Préparez votre sauteuse, sortez vos plus belles assiettes et préparez-vous à éblouir vos convives.
Bien choisir ses produits pour un plat digne des grandes tables
La réussite de ce plat repose sur la qualité intrinsèque des ingrédients. Avec si peu d'éléments, on ne peut pas tricher.
Filet mignon ou noix pâtissière : quel morceau pour des grenadins tendres ?
Pour obtenir des grenadins dignes de ce nom, rendez-vous chez votre boucher. Le morceau de choix est le filet mignon de veau, le muscle le plus tendre et le plus maigre. Le boucher va le parer, le détailler en médaillons épais (environ 3 à 4 cm) et les barder d'une fine tranche de lard gras ou de poitrine fumée avant de les ficeler. On peut aussi tailler des grenadins dans la noix de veau (noix pâtissière) ou le quasi, mais le filet reste le must pour son côté fondant. Comptez deux petits grenadins ou un gros pavé par personne. Sortez la viande du réfrigérateur 30 minutes avant la cuisson pour qu'elle soit à température ambiante et ne subisse pas de choc thermique.
Morilles fraîches ou séchées : les secrets de la réhydratation et du rinçage
La morille est la star de la garniture. Si vous avez la chance d'en trouver des fraîches au printemps, elles sont délicieuses mais demandent un nettoyage minutieux car leurs alvéoles retiennent le sable. Le plus souvent, on utilise des morilles séchées (déshydratées) qui sont disponibles toute l'année et dont le parfum est très concentré. L'étape clé est le trempage. Faites tremper les morilles séchées dans un bol d'eau tiède (ou un mélange eau/lait) pendant au moins 1 heure pour les réhydrater. Ensuite, il est crucial de les rincer plusieurs fois à l'eau claire pour éliminer toute trace de terre, puis de les égoutter sur du papier absorbant. Ne jetez pas l'eau de trempage ! Filtrez-la finement (avec un filtre à café) pour l'ajouter à la sauce, c'est un concentré de saveur.
Crème, vin jaune et échalotes : les bases d'une sauce onctueuse
La sauce aux morilles doit être nappante et riche. La base aromatique commence souvent par faire suer des échalotes ciselées dans du beurre. Pour le déglaçage, le vin jaune du Jura est le compagnon royal de la morille (le fameux coq au vin jaune et morilles en est la preuve), mais un bon vin blanc sec, du Madère, du Porto ou même un trait de Cognac fonctionnent très bien. La crème doit être de qualité : une crème fraîche épaisse d'Isigny ou une crème liquide entière à 30% de matière grasse minimum. Évitez les crèmes allégées qui risquent de trancher à l'ébullition et n'apporteront pas le velouté recherché. Une pincée de muscade ou un tour de moulin à poivre blanc viendront parfaire l'assaisonnement.
La cuisson étape par étape pour une viande rosée et fondante
La cuisson du veau est délicate : elle ne doit être ni saignante comme le bœuf, ni trop cuite comme le porc, mais rosée à cœur pour rester juteuse. Comptez environ 40 minutes au total.
Ingrédients pour 6 personnes :
- 2 filets mignons de veau (taillés en 12 grenadins)
- 80g de morilles séchées (ou 300g de fraîches)
- 100g de crème fraîche épaisse
- 25 cl de vin jaune (ou vin blanc/Madère)
- 40g de beurre, 1 cuillère à soupe d'huile
- Sel, poivre, muscade
Saisir la viande au beurre : la réaction de Maillard pour dorer
Dans une grande sauteuse ou une poêle, faites chauffer le beurre et l'huile (l'huile empêche le beurre de brûler). Lorsque le mélange mousse, déposez les grenadins. Faites-les cuire à feu moyen-vif environ 6 à 7 minutes sur chaque face. La viande doit prendre une belle couleur dorée (c'est la réaction de Maillard qui donne du goût). N'oubliez pas de faire rouler les grenadins sur la tranche pour colorer également la barde de lard. Salez et poivrez en fin de cuisson seulement. Retirez la viande de la sauteuse et réservez-la sur une assiette recouverte de papier aluminium pour la garder au chaud et laisser les fibres se détendre. C'est le secret d'une viande moelleuse.
Déglacer et lier la sauce à la crème pour napper les pavés
Dans la sauteuse non lavée, jetez l'excédent de gras de cuisson (mais gardez les sucs attachés au fond !). Déglacez avec le vin jaune en grattant bien le fond avec une spatule en bois pour décoller les sucs de viande caramélisés. Laissez réduire de moitié à feu vif pour concentrer les arômes. Ajoutez ensuite l'eau de trempage des morilles filtrée et laissez réduire à nouveau. Baissez le feu (feu doux) et incorporez la crème fraîche. Mélangez bien jusqu'à obtenir une sauce homogène et onctueuse. Goûtez et rectifiez l'assaisonnement avec sel, poivre et une pointe de muscade.
Le mijotage final : marier les saveurs de la forêt et du veau
Ajoutez les morilles réhydratées dans la sauce et laissez mijoter doucement pendant 10 à 15 minutes pour qu'elles s'imprègnent de la crème et cuisent à cœur (la morille ne doit jamais être mangée crue, elle est toxique). La sauce va épaissir et prendre une belle couleur ivoire à café au lait. Remettez les grenadins de veau (et le jus qu'ils ont rendu dans l'assiette) dans la sauteuse. Arrosez-les généreusement de sauce et laissez réchauffer l'ensemble 2 à 3 minutes sans faire bouillir, juste pour que la viande remonte en température. Servez immédiatement, bien chaud, en nappant chaque grenadin de sauce et de champignons. C'est un véritable délice.
Accords mets et vins, accompagnements et variantes gourmandes
Ce plat riche en sauce appelle des accompagnements capables d'absorber la crème tout en restant délicats.
Tagliatelles, riz ou gratin dauphinois : que servir avec ce plat ?
L'accompagnement classique et indétrônable reste les pâtes fraîches, notamment les tagliatelles ou les pappardelles au beurre, qui s'enroulent merveilleusement dans la sauce aux morilles. Un riz blanc type basmati ou un risotto crémeux au parmesan fonctionnent aussi très bien. Pour les amateurs de pommes de terre, un gratin dauphinois fondant, une purée maison montée au beurre ou des pommes de terre sautées en persillade sont parfaits. Côté légumes, des fagots de haricots verts, des pointes d'asperges vertes ou une poêlée d'épinards frais apporteront une touche de couleur et de légèreté. Évitez les légumes au goût trop prononcé comme le chou-fleur, le fenouil ou les poivrons qui entreraient en conflit avec la finesse de la morille.
Poulet, dinde ou porc : varier les plaisirs selon le budget
Si le veau est trop onéreux ou si vous souhaitez varier, cette sauce aux morilles sublime d'autres viandes. Le filet mignon de porc est une alternative excellente et économique qui reste très tendre. Les suprêmes de volaille (poulet jaune, dinde) ou les aiguillettes de canard se marient aussi très bien avec la crème et les champignons. Vous pouvez même tenter cette recette avec des ris de veau (préalablement blanchis et poêlés) pour un plat de roi. Pour les amateurs de poisson, une lotte ou un pavé de saumon avec cette sauce est une option originale, bien que moins traditionnelle. Par contre, oubliez le thon ou les sardines ! Si vous aimez les saveurs plus exotiques comme le curry ou le lait de coco, gardez-les pour un autre jour ; ici, on reste dans le terroir français classique. C'est bien plus festif qu'une quiche ou des bouchées à la reine.
L'accord vin rouge de Bourgogne : Santenay Capuano Ferreri Vieilles Vignes
Avec un plat associant la tendreté du veau, le gras de la crème et la puissance terrienne de la morille, le choix du vin est crucial. Il faut un rouge élégant, avec des tanins fondus pour ne pas heurter la viande blanche, mais assez de complexité pour répondre au champignon. Le Santenay Capuano Ferreri Vieilles Vignes Rouge est le candidat idéal. Ce grand vin de la Côte de Beaune, pur Pinot Noir, est une merveille d'équilibre.
Dans le verre, sa robe rubis intense aux reflets pourpres annonce sa concentration. Le nez est un voyage complexe entre les fruits rouges mûrs (cerise, cassis) et des notes d'épices douces et de sous-bois qui font écho aux morilles. En bouche, l'attaque est franche mais les tanins, affinés par les vieilles vignes et l'élevage, sont soyeux et délicats. La structure du vin soutient la richesse de la sauce crémée sans l'alourdir, tandis que sa fraîcheur naturelle nettoie le palais. Servez-le autour de 16-17°C, idéalement après un carafage d'une heure pour qu'il s'ouvre pleinement. C'est l'accord de terroir par excellence qui transformera votre repas en moment inoubliable.
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