Navarin d'agneau
Matys Hoffman
Quand les beaux jours arrivent, on a envie de laisser de côté les plats d'hiver trop lourds comme la choucroute ou la tartiflette, sans pour autant passer tout de suite aux salades estivales. Le navarin d'agneau est la transition parfaite. Ce ragoût emblématique de la cuisine française tire son nom des navets, légumes indispensables à sa garniture aromatique. C'est une recette qui demande un peu de temps devant soi, car la magie opère lors du mijotage, mais qui ne présente aucune difficulté technique majeure.
Loin de la "fast food" comme une pizza ou un burger, le navarin est un éloge de la lenteur. C'est le plaisir d'entendre la cocotte chanter sur le feu et de sentir les effluves de thym et de romarin embaumer la cuisine. Que vous le prépariez pour le déjeuner dominical ou pour un dîner entre amis, ce plat promet une viande savoureuse et des légumes confits qui raviront les petits comme les grands.
Bien choisir les morceaux d'agneau et les légumes de saison
La réussite d'un bon navarin commence chez le boucher et le primeur. La qualité des produits bruts fera toute la différence dans l'assiette.
Épaule, collier ou poitrine : quel morceau privilégier chez le boucher ?
Pour un plat mijoté, il ne faut pas choisir des morceaux à griller comme les côtelettes ou le filet, qui deviendraient secs. Privilégiez les morceaux dits "de deuxième catégorie", plus riches en collagène et moins onéreux. L'épaule d'agneau désossée et coupée en gros cubes est le choix roi pour son moelleux. Le collier, plus gélatineux, apporte du liant à la sauce. La poitrine ou le haut de côtes donnent du goût grâce aux os et au gras. L'idéal est de demander à votre boucher un mélange de ces morceaux (par exemple épaule et collier) pour équilibrer la texture et la saveur. Comptez environ 200g de viande sans os par personne.
Navets, carottes et pommes de terre : le trio gagnant du marché
La garniture traditionnelle du navarin printanier se compose de petits légumes nouveaux. Les navets sont obligatoires : choisissez-les petits, fermes et violets ou blancs, pour qu'ils soient tendres et non amers. Les carottes fanes, coupées en tronçons ou laissées entières si elles sont petites, apportent de la couleur et de la douceur. Les pommes de terre à chair ferme (type Charlotte ou Amandine) garantissent qu'elles ne finiront pas en purée dans la sauce. Vous pouvez aussi ajouter des petits pois frais, des haricots verts ou des fèves écossées en fin de cuisson pour une touche de verdure.
Bouquet garni, ail et tomates : les secrets d'une sauce parfumée
La base de la sauce se fait avec des oignons, de l'ail et des tomates. Utilisez des tomates fraîches pelées et épépinées en saison, ou un bon concentré de tomate (voire des tomates concassées en conserve) pour la couleur et l'acidité. L'aromatique est cruciale : un bouquet garni ficelé (thym, laurier, persil, romarin) doit infuser tout au long de la cuisson. N'hésitez pas à ajouter quelques gousses d'ail en chemise qui confieront doucement. Pour une note plus chaude, certaines recettes intègrent une pincée de paprika, de cumin ou d'épices à couscous, mais la version puriste reste sur les herbes de Provence.
La préparation étape par étape dans la cocotte en fonte
La cuisson se fait idéalement dans une cocotte en fonte pour une répartition uniforme de la chaleur. Comptez environ 2 heures de cuisson tranquille.
Ingrédients pour 6 personnes :
- 1,2 kg d'épaule et collier d'agneau en morceaux
- 8 navets, 8 carottes, 10 petites pommes de terre
- 12 petits oignons grelots (ou 2 gros oignons)
- 3 cuillères à soupe de concentré de tomates
- 2 cuillères à soupe de farine
- Bouillon de volaille ou de légumes, vin blanc sec
- Ail, bouquet garni, huile d'olive, beurre
Saisir la viande et singer à la farine pour une belle coloration
Commencez par faire chauffer un mélange d'huile d'olive et de beurre (ou de saindoux) dans la cocotte à feu vif. Faites revenir les morceaux d'agneau sur toutes les faces. Ne surchargez pas la cocotte : procédez en plusieurs fois si nécessaire. La viande doit être bien dorée pour développer ses sucs. Retirez la viande et réservez. Dans la même graisse, faites rissoler les oignons et les carottes coupées en rondelles quelques minutes. Remettez la viande. C'est le moment de "singer" : saupoudrer la viande avec la farine et remuant bien pour l'enrober. Laissez cuire 2 minutes pour que la farine dore légèrement. Cette étape permettra de lier la sauce naturellement sans avoir à ajouter de maïzena ou de crème fraîche.
Mouiller au bouillon et laisser mijoter à feu doux pour attendrir
Déglacer avec un verre de vin blanc sec pour décoller les sucs au fond de la cocotte. Ajoutez le concentré de tomate, l'ail écrasé et le bouquet garni. Mouillez avec le bouillon (ou de l'eau chaude) jusqu'à recouvrir la viande "à hauteur". Salez au gros sel et poivrez. Portez à ébullition, écumez si nécessaire, puis couvrez et baissez le feu. Laissez mijoter à feu doux pendant environ 1 heure. La cuisson doit être un léger frémissement. Si vous avez une cocotte minute, vous pouvez réduire ce temps de cuisson par deux, mais le mijotage lent donne toujours un résultat plus fondant.
Ajouter les légumes nouveaux au bon moment pour éviter la purée
Au bout d'une heure, la viande commence à s'attendrir. C'est le moment d'ajouter les navets pelés et coupés en quartiers, ainsi que les pommes de terre entières ou en gros cubes. Si vous mettez tous les légumes dès le début, ils seront trop cuits. Poursuivez la cuisson à couvert pendant 45 minutes à 1 heure. Surveillez le niveau de la sauce : si elle réduit trop, ajoutez un peu d'eau chaude. En fin de cuisson, retirez le bouquet garni. Dégraisser la surface avec une louche si la sauce vous semble trop grasse. Goûtez et rectifiez l'assaisonnement. Parsemez de persil frais haché ou de coriandre ciselée juste avant de servir. C'est un régal.
Accords mets et vins, accompagnements et variantes gourmandes
Le navarin est un plat complet, mais il peut être adapté selon vos envies et ce que vous avez dans le réfrigérateur.
Haricots verts, petits pois ou semoule : avec quoi servir ce plat ?
Bien que contenant déjà des pommes de terre, le navarin s'accompagne parfois d'autres garnitures pour saucer ce jus délicieux. Des haricots verts frais (cuits à l'anglaise dans l'eau bouillante salée pour rester verts), des pois gourmands ou des flageolets conviennent parfaitement. Pour varier, vous pouvez servir la viande avec de la semoule de couscous, du riz pilaf ou même des pâtes fraîches type tagliatelles. Si vous voulez rester léger, une simple salade verte croquante suffira. Évitez les accompagnements trop riches comme le gratin dauphinois ou les frites qui feraient double emploi avec les pommes de terre déjà présentes dans la cocotte.
Dinde, veau ou épices orientales : décliner la recette toute l'année
La technique du navarin s'applique à d'autres viandes. Le navarin de veau est très fin, tandis que le navarin de dinde ou de poulet est une version plus économique et rapide à cuire. En automne, remplacez les navets par du potimarron, du céleri rave ou des champignons des bois. Pour une version "Navarin à l'orientale" (façon tajine), ajoutez des pruneaux, des amandes, une pointe de gingembre, de curry et remplacez le vin par du bouillon. C'est une excellente alternative pour changer du bœuf bourguignon ou de la blanquette. Vous pouvez même tenter une version végétarienne avec des boulettes de soja ou de tofu mijotées avec les légumes, bien que les puristes préféreront l'original. C'est bien plus sain qu'une quiche industrielle ou des plats surgelés.
L'accord vin rouge de Bourgogne : Domaine Cornu Camus Les Beaumonts
Pour accompagner cet agneau printanier, il faut un vin rouge qui respecte la finesse de la chair tout en ayant assez de fruit pour répondre à la sauce tomate. Un vin trop tannique ou trop boisé écraserait les légumes nouveaux. Le choix idéal se porte sur un Bourgogne de la Côte de Beaune : le Chorey-lès-Beaune "Les Beaumonts" du Domaine Cornu Camus.
Ce vin, issu à 100% du cépage Pinot Noir, est une ode à la fraîcheur. Sa robe rubis brillante aux reflets pourpres invite à la dégustation. Au nez, il explose sur des notes de fruits rouges frais (cerise, framboise) et une touche florale élégante. En bouche, ses tanins sont fins et soyeux, apportant une structure souple qui épouse la texture fondante de l'épaule d'agneau. Sa belle acidité naturelle vient équilibrer le gras du plat et la douceur des carottes et des navets. Servez-le légèrement frais, entre 14 et 16°C. C'est un mariage harmonieux qui met en valeur le savoir-faire vigneron et la gastronomie française.
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